TransPacifique : On l’a fait! (escale 86)

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Un mois de confinement aux Perlas, Panama, a permis de nous préparer à ce grand défi : Traverser un des plus grands océans du monde, l’océan Pacifique. De Panama à la Polynésie Française, il faut compter environ 4000 miles nautiques soit 7500 kilomètres. La distance équivalente à Paris-Pékin.

Nous en parlions depuis si longtemps comme LA grande étape du voyage. Nous n’avons pas fait de transAtlantique et la transCaraïbe a été effectué en plusieurs escales. Donc le défi est devant nous!

Bref nous nous trouvions au pied du mur et il a bien fallu sauter !!

La Météo est scrutée à la loupe, tous les jours, pour choisir la meilleure fenêtre de départ. On se base surtout sur les 4 premiers jours car ensuite ce n’est plus vraiment fiable. La bonne période pour traverser est de février à juin donc il est temps de mettre les pieds dans les starting blocs !

Les vivres frais sont achetés au dernier moment pour qu’ils tiennent le plus longtemps possible. Malgré le confinement et l’interdiction de mettre un pied à terre, l’épicier de Cantadora, prend nos commandes par Wattsapps et nous livre sur la plage avec paiement par CB ! Merci Henri, super organisation !

Derniers messages à la famille et aux amis et on lève l’ancre le samedi 2 mai à 7h (on évite un départ le vendredi, comme tout bon marin !)

Les deux premiers jours sont extraordinaires, on avance très vite avec le spi, il fait beau et on est encore en pleine forme. Hélas, la suite est moins sympathique : orage, vent fort et pluie pendant 60h avant de retrouver le calme autour de l’archipel des Galápagos et le passage de l’équateur.

On prend nos marques et les tours de quart s’organisent en fonction des habitudes de chacun. Philippe de la fin du diner à 2h, Paul de 2 à 5h et Florence de 5h au lever des garçons. Philippe en profite pour visionner l’intégralité du Bureau des Légendes, + quelques films réservés pour la traversée. On ne compte pas le nombre de livres dévorés par Paul (merci la liseuse !) et Florence se fait contemplative face au lever du soleil. Au fur et à mesure de l’éloignement de la terre, et d’une fréquentation quasi nulle (On aura croisé de loin 3 bateaux), Philippe fera une veille de quelques minutes tous les ¾ d’heure (le temps passe vite avec ce rythme), Paul plus sérieux (et professionnalisme oblige) mettra du temps à faire quelques sommes et Florence ne s’autorisera qu’exceptionnellement quelques repos.

Le pilote automatique garde fidèlement le cap. Pour justifier nos quarts, il se déconnecte tous les 3 ou 4 nuits, mais se remet en route immédiatement dès que l’on appuie sur le bouton On. Les manœuvres sont donc limitées : On réduit les voiles au coucher du soleil (souvent il ne reste plus que le génois en place pour pouvoir intervenir facilement en cas d’avaries) et au petit matin la GV ou le Spi reprennent du service. La vitesse nocturne en prend un coup, mais c’est le prix à payer pour une nuit plus ou moins tranquille.

Puis 15 jours de vent fort accompagné d’une mer croisée avec de la houle. Kermotu saute par dessus les vagues qui cognent contre les coques, jour et nuit. Notre route vers les Gambier devient compliquée à maintenir.  Cela devient de plus en plus inconfortable. On est très ballotés,  les bruits du sillage et du vent prennent de l’ampleur. C’est assourdissant et fatiguant. Et on souffre pour Kermotu !

Nous prenons alors la décision de changer de Cap et de nous dérouter vers les Marquises, plus au Nord. Cela nous donnera l’avantage d’être avec le vent et avec les vagues. Kermotu et son équipage reprennent leur souffle. Nous pouvons alors  ressortir le Spi et avoir une allure plus vent arrière. Les vagues sont toujours fortes mais elles accompagnent  le bateau et ne cognent plus latéralement contre les coques. On fera même un record de vitesse à 16,2 nds !

Après 2 ans de navigation nous avions particulièrement bien préparé le bateau qui ne nous a jamais fait défaut. Juste 2 interventions au niveau de la girouette, en haut du mât, qui a sauté de son logement. Merci à Paul pour son numéro d’acrobate dans une mer vraiment très formée.

Le 31, pendant mon quart du matin, au lever du soleil, J’ai eu la chance d’apercevoir la terre, Enfin!! Quelle joie et quel soulagement pour moi ! Dès le lever des garçons, la bonne nouvelle est partagée. C’est un drôle de sentiment pour chacun, on reste en contemplation devant ce bout de terre comme si c’était la première fois qu’on voyait une île! On est fiers de nous et heureux d’être là.

Pourtant Philippe trouve que cette traversée est passée trop vite et Paul continuerait bien la route !! Pour moi, c’est largement assez, je suis épuisée et ne suis pas du tout prêt à recommencer…

On vous embrasse.